2011/05/28
par centresstop
Par Sudouest.fr
Le plus dur est sans doute de franchir le pas. De se décider à arrêter de fumer et de pousser la porte du centre hospitalier pour prendre rendez-vous avec le service d’aide au sevrage tabagique. Un service dirigé par les docteurs Sandrine Allaire Sauquet et François Ferrer qui, deux fois par semaine, organisent avec une infirmière et une psychothérapeute des séances individuelles ou en groupe.
« Nous ne sommes pas là pour rabâcher que nous sommes contre le tabac, que c’est mauvais pour la santé, insiste le Dr Ferrer, mais pour aider ceux qui le souhaitent au sevrage tabagique. Nous sommes conscients qu’il est difficile d’arrêter et nous insistons sur l’idée qu’il ne s’agit pas d’une affaire de volonté. »

Quatre points importants
Motivation, rituel, diététique, nicotine, sont les quatre points sur lesquels insistent les médecins pour réussir leur thérapie. « La motivation doit être positive, explique le Dr Ferrer. C’est le choix de la liberté, de dire que désormais "j’en ai fini avec le tabac". Le rituel consiste à changer de vie. Le fumeur s’est construit autour de la cigarette. Il fume en se levant, après le petit-déjeuner, en arrivant au boulot, à l’apéro, après manger… Bref, il faut qu’il apprenne à se déconstruire pour se reconstruire. Remplacer le café par de la ricorée ou un carré de chocolat. La diététique vise à éviter une prise de poids trop importante. Il faut savoir qu’un fumeur brûle 300 calories par jour. Lorsqu’il arrête, il prend en moyenne trois kilos. Quant à la nicotine, elle peut être prise comme substitut, par exemple sous forme de patch ou de gomme à mâcher. »
Précision du médecin, contrairement à une idée répandue, il n’est pas dangereux de fumer en ayant un patch. « Si l’on désire fumer une cigarette, c’est qu’on est en sous dose », explique-t-il.
Un plaisir très petit
Reste à oublier le plaisir de la cigarette. Mais pour le Dr Ferrer, celui-ci n’est pas aussi important que se l’imaginent les fumeurs : « Il est très petit, sauf pour la première cigarette qui secrète des endorphines. Pour le reste, plus un fumeur avance en âge, moins il éprouve de plaisir en fumant. »
Mais ces remarques n’ont qu’une valeur générale. Comme l’expliquent les médecins, on ne traite pas un individu qui fume nerveusement deux paquets en allumant sa première clope en se levant, comme celui qui fume une cigarette tranquillement à 10 heures du matin. « Il n’y a pas qu’un seul type de fumeurs, du coup, il n’y a pas qu’une seule méthode pour arrêter de fumer. Le sevrage doit être adapté à chacun. »
Le Dr Ferrer insiste par ailleurs sur l’idée que les fumeurs ayant essuyé un revers en tentant d’arrêter de fumer ne doivent pas se décourager. « Quand on n’a pas réussi, il faut essayer à nouveau. La réussite est bâtie sur des échecs. »
Afin d’aider ses patients dans leur quête, le médecin aime leur inculquer une philosophie épicurienne. « Je leur dis de consommer peu mais bien, de chercher des plats subtils, de profiter de leur sevrage pour ne plus boire de vin mais pour en déguster. »
Une méthode qui n’est pas une recette miracle, mais expérimentée depuis une dizaine d’années à l’hôpital de Périgueux. Avec un certain succès. Une personne qui veut arrêter seule de fumer a une chance sur cent d’y arriver. S’il utilise un patch, on passe à 7 ou 8 % de réussite. En revanche, avec une consultation au service d’aide au sevrage de Périgueux, le taux oscille entre 30 et 35 %. Ce qui vaut la peine d’essayer.
L’électronique au secours
Ce n’est peut-être pas le remède miracle, mais pour le Dr Jacques Granger, pneumologue au centre hospitalier de Périgueux, la cigarette électronique est une aide précieuse pour les fumeurs désirant arrêter de fumer. Invité par le comité Dordogne de la Ligue contre le cancer, il s’en expliquera mercredi 11 mai à 18 heures à la bibliothèque municipale de Périgueux.
« On connaît bien les effets toxiques du tabac à l’origine du cancer du poumon, de bronchites chroniques ou de maladies cardio-vasculaires. Il existe différentes techniques pour tenter d’arrêter de fumer, mais celles-ci ont une efficacité limitée. Entre 78 % et 82 % des gens les ayant expérimentés continuent de fumer. Il faut bien considérer que la cigarette est une drogue forte. C’est pourquoi, j’ai été amené à m’intéresser à la cigarette électronique. »
Ressemblant à une cigarette normale, l’électronique (disponible sur Internet) contient la nicotine dont le fumeur peine à se passer. Ayant le parfum du tabac blond ou brun, elle a l’avantage d’être non irritante et non cancérigène car elle est exempte des quelque 4 000 produits néfastes contenus dans la cigarette traditionnelle. « Il y a certes la nicotine, mais cela ne pose aucun problème pour la santé du fumeur », souligne le pneumologue. Elle serait donc particulièrement adaptée aux personnes ne pouvant pas se passer du tabac. Pour autant, insiste le Dr Granger, cette cigarette n’est pas adaptée au sevrage. Elle permet en revanche au fumeur de ne pas mettre sa santé en danger.